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Monument des Marie-Louise à Bouconville-Vauclair (Aisne)
[Bouconville-Vauclair] Monument des Marie-Louise, nov. 2016
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Histoire : De Jules César à Napoléon

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erre frontalière, terre d’invasion, l’Aisne est traversée par ce massif du Chemin des Dames qui forme l’un des derniers obstacles naturels majeurs sur la route de Paris. Il n’est donc pas surprenant que les invasions venues du nord de la France (et elles furent nombreuses au fil des siècles) aient pu entraîner des affrontements sur le Chemin des Dames.

Le premier que l’on puisse recenser eut lieu en 57 av. J.-C. entre les légions de Jules César (environ 40 000 hommes) et les forces coalisées de Gaule Belgique (un peu plus de 300 000 hommes selon César), menées par Galba, le roi des Suessions (peuple de la région de Soissons). Ce dernier avait rassemblé une armée durant l’hiver, et le proconsul romain vint à sa rencontre avant qu’il ne descende vers le centre de la Gaule. Ayant soumis les Rèmes (peuple de la région de Reims) en chemin, Jules César dresse son camp entre la Miette et la rive nord de l’Axona (nom latin de l’Aisne, qui a donné leur gentilé aux Axonais), actuellement entre Berry-au-Bac et Guignicourt, et attend l’affrontement. Les Belges sont alors occupés à tenter d’investir l’oppidum rème de Bibrax, sur l’actuelle commune de Saint-Thomas, auquel César fait parvenir des renforts, notamment des frondeurs des Baléares. N’ayant d’autres choix pour franchir l’Axona que d’accepter la confrontation, les Belges tentent de traverser mais sont mis en déroute par la cavalerie et l’infanterie légère de César. On ne peut donc vraiment parler de bataille au sens classique du terme, mais d’invasion repoussée, et les pertes belges seront principalement dues au harcèlement mené par la cavalerie et les légions de Labiénus, l’un des lieutenants de César, alors que l’armée coalisée se replie en désordre vers le Nord, dans les jours qui suivent.

La bataille qui se livre sur la partie orientale du Chemin des Dames en mars 1814 aura une plus grande renommée puisqu’elle sera dirigée par Napoléon Ier en personne. Engagé dans une série de combats retardateurs face aux armées coalisées, l’empereur des Français multiplie alors les manœuvres pour diviser l’armée de Silésie du Feldmarschall Blücher. Après être parvenu à traverser l’Aisne à Berry-au-Bac le 5 mars, il tente de monter sur le Chemin des Dames par Craonne à la tête de 37 000 hommes mais le plateau est solidement tenu par 32 000 russes et 100 pièces d’artillerie sous les ordres du général Vorontzov. Contournant le Chemin des Dames par la vallée de la Lette et la vallée de l’Aisne, le maréchal Ney et le général Nansouty opèrent un mouvement en tenaille le 6 mars 1814 tandis que les Russes se replient en ordre de bataille sur les hauteurs d’Ailles. L’affrontement principal a lieu le 7 mars 1814 à partir de 10h, les troupes françaises, et notamment les jeunes conscrits de la jeune garde surnommés « Marie-Louise », sont lancés à l’assaut du plateau et de la ferme d’Hurtebise tandis que l’empereur conduit la bataille depuis un tertre à côté du moulin de Vauclerc où sa statue trône désormais depuis 1974. L’avance sur les pentes escarpées du Chemin des Dames, quelle que soit l’époque, est toujours difficile, et l’armée française perd environ 5 400 hommes tués ou blessés dans la journée, les Russes environ 5 000 à 6 000 hommes. Au prix d’efforts coûteux, Napoléon Ier est cependant parvenu à faire reculer les troupes de Vorontzov jusque Cerny puis l’Ange Gardien dans la journée, mais ses pertes l’empêcheront de disposer d’assez d’hommes deux jours plus tard, quand il tentera d’affronter Blücher sous la montagne de Laon.
Victoire locale mais non décisive, la bataille de Craonne est la dernière victoire de Napoléon Ier et occupe une place dans la mémoire napoléonienne, un monument commémorant cette bataille sera même érigé en 1904 dans le secteur d’Hurtebise et des cérémonies s’y tiendront le 8 mars 1914 sur fond de réconciliation franco-russe. Détruit le 24 septembre 1914 par les pionniers allemands, il sera remplacé en 1927 par un nouveau monument encore visible aujourd’hui au niveau du carrefour d’Hurtebise, celui des Marie-Louise et des Bleuets, soulignant désormais le sacrifice de deux jeunesses à cent ans d’intervalle.

Vincent Dupont

 

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