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1917, c'était il y a 90 ans dans l'Aisne

> 16 avril 1917: ce devait être un nouvel Austerlitz, la "bataille de France".
> Ce fut le Chemin des Dames : plus de 100 000 hommes hors de combat en 15 jours*, un échec sanglant à l’origine des mutineries.
> Pétain, qui succède à Nivelle limogé, mènera dès lors des actions limitées en attendant les "tanks et les Américains"

La dernière offensive -
L’offensive qui commence le 16 avril 1917 à 6 heures du matin doit être la dernière de la guerre. Après les écatombes de l’année 1914 (300 000 morts), après les offensives manquées d’Artois et de Champagne en 1915 (200 000 morts) et la bataille de Verdun (160 000 morts), le général Nivelle avait succédé à Joffre en décembre 1916. Il promettait la victoire pour le début de l’année 1917. La percée du front allemand aurait lieu entre Soissons et Reims, sur les crêtes du Chemin des Dames. "En 24 ou 48 heures", assurait Nivelle.

Il avait rassemblé entre l’Aisne et la Vesle plus d’un million d’hommes. Le coup de boutoir serait porté par la 5e armée du général Mazel et la 6e du général Mangin qui pensait dormir à Laon au soir du 16 avril… La 10e armée, en réserve, exploiterait ensuite la victoire jusqu’à Guise.

Une fois sortis des tranchées, les combattants devraient progresser "en quatre bonds", à raison de 100 mètres en 3 minutes, malgré la trentaine de kilos de l’équipement, malgré le relief et les difficultés d’un terrain bouleversé par huit jours de Bombardement.Car les positions allemandes avec leurs redoutables nidsde mitrailleuses auraient été écrasées sous un déluge d’obus.

Avec plus de 5 000 canons (un tous les 13 mètres !), l’artillerie française disposait aussi d’une arme nouvelle :
les chars d’assaut, des mastodontes d’acier de plus de 7 tonnes, qui seraient engagés dans la plaine au nord de Berry au Bac. Enfin pour tromper l’ennemi, Britanniques et Canadiens avaient attaqué huit jours avant autour d’Arras et les Français avaient mené une opération de diversion sur Saint-Quentin.

 Position allemande du Balcon
Position allemande du Balcon, les soldats français sur une position conquise (Source : Archives Départementales de l'Aisne)


L’échec -
Le 16 avril, c’est pourtant l’échec. Sauf dans le secteur de Vailly, les assauts ne parviennent pas à dépasser la première ligne allemande avant de se briser sur des positions pratiquement intactes. La surprise n’a pas joué. L’offensive avait dû être reportée à plusieurs reprises, en particulier à cause du repli stratégique allemand sur la ligne Hindenburg en février-mars. Les Allemands d’ailleurs savaient, grâce à l’interrogatoire des prisonniers notamment, et ils avaient pu renforcer leurs défenses en conséquence.

Avant l’offensive, les conditions météorologiques avaient gêné les observations indispensables aux réglages des artilleurs. Au matin du 16 avril, elles sont calamiteuses (pluie glacée et bourrasques de neige) et éprouvantes pour tous les combattants, surtout pour les tirailleurs venus d’Afrique noire, victimes d’engelures et paralysés par le froid.

Les premières heures de l’offensive sont particulièrement meurtrières. Certaines unités perdent le tiers et jusqu’à la moitié de leurs effectifs. A l’échec militaire s’ajoute un désastre sanitaire : les longues colonnes de blessés et d’éclopés qui piétinent dans la boue et qui n’atteindront pas toujours les postes de secours, et encore moins les hôpitaux d’évacuation.

Attaque dans les monts de Champagne au nord de Reims le 17, engagement de l’armée de réserve pour une relance de l’offensive le 4 mai sur Craonne et le 5 sur Laffaux : les jours qui suivent n’y changent rien. Sauf à allonger la liste des pertes. Le 15 mai, Nivelle est remplacé par Pétain.

Les mutineries -
La déception est à la mesure de ce qu’était l’espérance. Il y avait eu avant le printemps 1917 des désertions et des refus d’obéissance, même à Verdun. Mais après le Chemin des Dames, les "actes d’indiscipline" comme les qualifient les rapports des officiers, se multiplient dans des unités qui doivent repartir pour les tranchées. A Villers sur Fère, à Missy aux Bois, et dans d’autres villages où les troupes ont été envoyées au repos, les soldats, par compagnies entières, refusent de remonter dans les camions…

On parle bientôt de "mutineries", même si les officiers sont rarement molestés, et surtout même si, le plus souvent, les "mutins" refusent, non pas de se battre, mais la perspective de boucheries inutiles. Au moins 40 divisions sont concernées, et 50 000 combattants, peut-être 80 000. Les autorités cherchent à enrayer le mouvement. Les conseils de guerre prononcent 3 400 condamnations, dont 600 à mort, la plupart commuées en peines de travaux forcés à effectuer dans les colonies. Mais le commandement lâche aussi du lest : augmentation du nombre des permissions, amélioration de la vie quotidienne des soldats. Fin juin, l’ordre est rétabli et la réputation d’un Pétain soucieux des es hommes y gagne quelques qualificatifs élogieux…

Des combats jusqu’à l’automne -
La grande offensive est suspendue. Pétain mène des opérations limitées en attendant, comme il dit, "les tanks et les Américains". Mais des combats se poursuivent sur le Chemin des Dames jusqu’à l’automne. C’est la "bataille des observatoires", une succession d’attaques et de contre-attaques, qui ne se font pas sans pertes, pour s’assurer le contrôle des points hauts du plateau, comme le monument d’Hurtebise ou l’Epine de Chevregny. C’est au cours de ces opérations que, le 25 juin, est prise par les Français la désormais célèbre Caverne du Dragon.

Le point d’orgue intervient avec l’attaque lancée le 24 octobre dans le secteur de Laffaux-Chavignon qui permet de reprendre le fort de La Malmaison. La nouvelle stratégie de Pétain se trouve définitivement confortée. D’autant plus que les Allemands préfèrent dans les jours suivants abandonner complètement le plateau du Chemin des Dames. Ils se replient sur les hauteurs dominant l’Ailette d’où ils pourront lancer au printemps 1918 une fulgurante offensive dont le succès dépassera toutes leurs attentes.

Aisne 14-18 Le centenaire - Au coeur de la Grande Guerre